Original: https://fetlife.com/users/5413261/posts/5836957 (Master Arden, 21.09.2019)

“Les dangers de la Vie sont infinis
 et la SĂ©curitĂ© en fait partie.” ~ Goethe

De nombreuses communautĂ©s en ligne et locales, y compris certains "organisateurs de communautĂ©", vĂ©hiculent une vision erronĂ©e selon laquelle le BDSM doit ĂȘtre "sĂ»r" Ă  100 % — sans aucun risque ni responsabilitĂ© — et reposer sur un "consentement" total pour chaque aspect et composante, jusque dans les moindres dĂ©tails et Ă  l'abri de toute erreur humaine ; il s'agit lĂ  non seulement d'attentes dĂ©raisonnables, mais aussi d'une approche plus dangereuse que le simple fait de former les gens Ă  la gestion des risques.

Ces communautĂ©s "kink" modernes pratiquent le kink — l'accent mis sur ce type de "sĂ©curitĂ©" au sein du kink peut donc ĂȘtre pertinent — mais elles ne pratiquent pas le vĂ©ritable BDSM ; or, cette approche de la "sĂ©curitĂ©" est inadaptĂ©e au BDSM, car celui-ci implique un transfert d'autoritĂ© (AT), ce qui signifie que les activitĂ©s et relations relevant du vĂ©ritable BDSM comportent intrinsĂšquement des risques plus Ă©levĂ©s.

La fausse reprĂ©sentation de la "sĂ©curitĂ©" dans le BDSM est similaire aux agences ou applications de rencontres qui sous-entendent qu’elles "externalisent" le risque de romance oĂč "ce n’est plus cette passion absolue" comme l’affirme Slavoj ĆœiĆŸek. Et ce faux sentiment de sĂ©curitĂ© est exactement la raison pour laquelle les protocoles de consentement Ă©chouent dans les communautĂ©s kink modernes.

Cet article traite :
- La définition du BDSM
- Le BDSM est intrinsĂšquement risquĂ© en raison du transfert d’autoritĂ© (AT)
- L’histoire de SĂ»r, Sain et Consensuel (SSC)
- La vanillification de SSC et son inefficacité pour le BDSM
- Les protocoles de consentement BDSM : RACK & PRICK
- le protocole RACK

1. Définition(s) du BDSM

Alors que le terme “BDSM”, inventĂ© en 1991, signifie Bondage & Discipline, Dominance & Submission, et Sadisme & Masochisme, 1) ces activitĂ©s existaient depuis longtemps sous diverses formes et sous divers noms depuis les temps anciens, et 2) il ne se rĂ©sume pas aux seules activitĂ©s Ă©numĂ©rĂ©es dans cet acronyme.

L'essentiel de ce que nous considĂ©rons aujourd'hui comme le BDSM s'est structurĂ© dans les annĂ©es 1940, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l'Ă©mergence de clubs "cuir" (Leather) gays — et plus spĂ©cifiquement de communautĂ©s sadomasochistes (SM) gays — principalement Ă  Los Angeles, San Francisco, Chicago et New York. Il existe bien entendu d'autres sources historiques importantes, comme les figures de femmes dominantes (sous diverses appellations) et de leurs soumis — majoritairement des hommes —, dont l'influence fut considĂ©rable dans l'Allemagne des annĂ©es 1940 ou dans le Londres de l'Ă©poque victorienne. Toutes ces traditions se sont dĂ©veloppĂ©es au sein de groupes restreints, discrets et souvent secrets, oĂč la prĂ©sence d'hommes hĂ©tĂ©rosexuels dominants et de femmes hĂ©tĂ©rosexuelles soumises Ă©tait quasi inexistante ; l'arrivĂ©e ultĂ©rieure de ces dernier(e)s a toutefois entraĂźnĂ© une Ă©rosion significative de cette contre-culture.

REMARQUE : Cet article concerne spécifiquement le consentement dans le cadre d'une pratique BDSM authentique, et pas nécessairement Kinky et ni surtout dans les jeux de rÎle.

Nous fournissons quelques définitions et discussions dans Role Play & Kink Overview [F068], comme suit :

Jeux de rĂŽle : activitĂ©s et prĂ©fĂ©rences sexuelles, qui peuvent ou non inclure des pratiques Kink, au cours desquelles les participants incarnent un personnage dans une scĂšne de durĂ©e limitĂ©e, gĂ©nĂ©ralement pour rĂ©aliser un fantasme entre partenaires Ă©gaux Ă  50/50, mais sans AT, oĂč aucun participant ne cĂšde ni n'accepte le contrĂŽle sur l’activitĂ©, et aucun n'y assume une fonction autoritaire.

Remarque : un RĂŽle (interprĂ©tation) “Un rĂŽle ou un personnage jouĂ© par un acteur ou une actrice”, tel qu'il est pratiquĂ© dans le jeu de rĂŽle N’EST PAS le RĂŽle (fonction) “Fonction propre ou habituelle”, qui correspond aux rĂŽles BDSM, comme expliquĂ© dans "Le jeu de scĂšne n’est pas un jeu de rĂŽle" [F056].

BDSM : Une sous-catĂ©gorie de Kink qui Ă  l'Ă©poque moderne, englobe "des pratiques consensuelles implicant, sans s'y limiter, la servitude et la discipline (B&D), la domination et la soumission (D&S) et le sadomasochisme (S&M)
 [et] reposant sur une dynamique de pouvoir entre les partenaires mis en oeuvre Ă  travers diverses activitĂ©s". [x011] (Gemberling et al., 2015).

Le dĂ©terminant principal le plus fondamental de l’activitĂ© et des relations BDSM est le transfert d'autoritĂ© (ATG - Authority Transfer / Giving) , concept qui, en pratique, est synonyme de BDSM.

Le transfert d'autorité (AT) : une conséquence naturelle d'un accord BDSM, par lequel une personne occupant un rÎle dominant assume, de maniÚre consensuelle et volontaire, l'autorité et le contrÎle sur un ou plusieurs aspects spécifiques d'une personne occupant un rÎle soumis ; cette derniÚre cÚde ou abandonne, également de maniÚre consensuelle et volontaire, l'autorité et le contrÎle sur ces aspects au partenaire dominant, que ce soit pour une durée prédéterminée, comme le temps d'une scÚne, ou pour une durée indéterminée, dans le cadre d'une relation.

REMARQUE : Le jeu de rÎle ("roleplay") peut s'inscrire dans le cadre du BDSM car toute activité impliquant un transfert d'autorité relÚve du BDSM, y compris le jeu de rÎle.

Bien que le jeu de rĂŽle "Kink avec des Ă©lĂ©ments BDSM" puisse ressembler trĂšs fortement au BDSM, ce n’est pas du BDSM car il n’y a pas d’AT dans le Kink.

Le problÚme est que, faute de savoir distinguer le jeu de rÎle « kink » du véritable BDSM, les gens appliquent au BDSM des normes et protocoles propres au jeu de rÎle ou au « kink » ; or, ces normes / protocoles sont inadaptés au BDSM, ce qui accroßt les risques d'abus, de blessures et de conséquences néfastes.

AVERTISSEMENT : Kink & Role Play ne sont pas du BDSM [car pas d’AT], par consĂ©quent, les exigences, les normes et les protocoles qui leur sont applicables ne sont gĂ©nĂ©ralement pas transposables [au BDSM]. Si cette simple prĂ©misse n’est pas acceptĂ©e ou comprise, alors cet article ne sera ni comprĂ©hensible ni utile.

2. Le BDSM est intrinsĂšquement risquĂ© du fait du Transfert d’AutoritĂ© (AT)

Le BDSM existe lorsque, par le biais d’un accord nĂ©gociĂ©, il y a un transfert d’autoritĂ© entre les parties, crĂ©ant les rĂŽles dominant et soumis.

Étant donnĂ© que le but du BDSM est souvent de maximiser le diffĂ©rentiel de pouvoir entre Dominant et soumis, il y aura toujours un POTENTIEL pour des abus et de l’exploitation. A mon avis, un bon dominant est celui qui a le maximum de pouvoir possible [sur le soumis] et qui CHOISIT non seulement de ne pas en abuser, mais de l’utiliser dans le meilleur intĂ©rĂȘt de la relation, ce qui est au cƓur de toutes les relations D/s saines.

La rĂ©duction efficace des risques dans le BDSM est obtenue grĂące Ă  l’éducation, et non par une sĂ©paration basĂ©e sur l’ñge, la race, le sexe, l’orientation sexuelle ou d’autres facteurs Ă©chappant au contrĂŽle direct de la personne. S'il existe de nombreuses mĂ©thodes pour rĂ©duire les risques — telles que l'exigence de compĂ©tences, l'Ă©valuation adĂ©quate des intentions ou la nĂ©gociation appropriĂ©e —, cet article se concentre principalement sur la rĂ©duction des risques par le respect de protocoles de consentement ; si le modĂšle SSC a longtemps prĂ©valu, il a dĂ©sormais Ă©tĂ© remplacĂ© par le RACK et/ou le PRICK.

3. Histoire du slogan "Safe, Sane, and Consensual" (SSC)

En 1980, le Hellfire Club de Chicago a produit une dĂ©claration d’intention utilisant "sĂ»r et sain d’esprit" (avant mĂȘme le bulletin d’information du comitĂ© GMSMA de New York): ". . . pour fournir une Ă©ducation et des opportunitĂ©s de participation au sexe S&M parmi les hommes adultes consentants et favoriser la communication entre ces individus. Le S&M responsable est devenu plus populaire et moins craint dans la communautĂ© gay, et le Chicago Hellfire Club continue de servir sa communautĂ© – s’efforçant toujours d’éduquer et de promouvoir le plaisir sĂ»r et sain des hommes par les hommes." [x001]

L’utilisqtion des mots "sĂ»r" et "sain (raisonnable)" proviendrait de "Have a safe and sane Fourth of July" ("Passez un 4 juillet sĂ»r et raisonnable") rĂ©guliĂšrement annoncĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision, dans les journaux, sur les panneaux d’affichage et dans d’autres mĂ©dias chaque annĂ©e aux Etats-Unis. [x002]

A la mĂȘme Ă©poque, de nombreuses communautĂ©s S/M homosexuelles locales Ă©taient sous le coup d’énormes accusations de la part de la sociĂ©tĂ© dominante selon lesquelles les activitĂ©s SM Ă©taient "abusives" et "illĂ©gales". Ainsi, les militants gays S/M de New York, influencĂ©s par l’utilisation de "safe and sane" par le Chicago Hell Fire Club, ont ajoutĂ© le troisiĂšme terme "consensuel" pour crĂ©er l’acronyme de cadre Ă©thique de SSC, ou "Safe Sane Consensual", publiĂ© pour la premiĂšre fois en 1983 dans un bulletin d’information du GMSMA (New York Gay Male S/M Activists) Ă  New York. david stein [x003] lui-mĂȘme a dĂ©clarĂ© "Inferno 10 Ă©tait le premier auquel j’ai assistĂ©, et cela m’a fait une grande impression, donc les mots de Tony [Tony deBlase] ont peut-ĂȘtre suggĂ©rĂ© l’utilisation de “sĂ»r et sain d’esprit” au S/M, et peut-ĂȘtre mĂȘme en association avec « consensuel ». Mais la dĂ©claration d’intention du GMSMA Ă©tait le premier endroit oĂč les trois termes ont Ă©tĂ© appliquĂ©s conjointement au S/M".

Les trois membres du comitĂ© (Martin Berkenwald, Bob Gillespie et David Stein) n'avaient aucune idĂ©e de l'influence qu'ils allaient exercer. Ils avaient initialement dĂ©clarĂ© que le concept de "SSC" Ă©tait destinĂ© uniquement Ă  leur communautĂ© : "La GMSMA est une organisation Ă  but non lucratif regroupant des hommes gays de la rĂ©gion de New York qui s'intĂ©ressent sĂ©rieusement Ă  une pratique du S/M sĂ»re, saine et consensuelle. Notre objectif est de contribuer Ă  crĂ©er une communautĂ© S/M plus solidaire pour les hommes gays, qu'ils aspirent Ă  un mode de vie Ă  part entiĂšre ou Ă  une aventure occasionnelle, qu'ils dĂ©couvrent tout juste le S/M ou qu'ils possĂšdent une longue expĂ©rience." – David Stein

SSC pour le grand public

Dans le monde d’aujourd’hui [annĂ©es 2020] oĂč "tout le monde est kinky", nous avons oubliĂ© que le terme S/M a ses racines dans la “Psychopathia Sexualis” [x006] de 1890 du psychiatre allemand Richard von Kraft-Ebing, qui a considĂ©rĂ© que les personnes qui pratiquaient le BDSM et les activitĂ©s perverses comme Ă©tant pathologiquement et psychologiquement atteint et sexuellement dĂ©viant.

Ainsi, dĂšs le dĂ©but, les communautĂ©s gays et hĂ©tĂ©ros traditionnelles ont cru que les personnes qui se livraient Ă  des activitĂ©s BDSM Ă©taient des dĂ©viants dangereux avec des problĂšmes mentaux. Comme de nombreux militants homosexuels Ă  l’époque, david stein a fait allusion Ă  des intentions politiques : "Nous cherchons Ă  Ă©tablir une prĂ©sence politique reconnue dans la communautĂ© gay au sens large afin de combattre les stĂ©rĂ©otypes et les idĂ©es fausses dominants sur le S/M tout en travaillant avec d’autres avec l’objectif commun de la libĂ©ration gay." [x004]

Cependant, de nombreuses organisations homosexuelles S/M, en particulier celles de Los Angeles, San Francisco, Chicago et New York City, ont fait l’objet d’un examen minutieux et de pressions considĂ©rables de la part de la sociĂ©tĂ© dominante, en particulier avec l’épidĂ©mie de sida / VIH en 1981, qui a culminĂ© Ă  la fin des annĂ©es 1980 et dans les annĂ©es 1990.

Afin de rĂ©duire la responsabilitĂ© juridique, de survivre Ă  ces attaques et de continuer Ă  fonctionner, de nombreux clubs ont mis en Ɠuvre des stratĂ©gies de positionnement marketing et des campagnes ciblant spĂ©cifiquement les gens vanilles pour obtenir le soutien du grand public et, dans de nombreux cas, obtenir une participation plus large.

Le slogan Safe, Sane and Consensual est devenu de maniĂšre Ă©crasante la campagne de marketing la plus populaire aprĂšs avoir Ă©tĂ© utilisĂ© lors des marches sur Washington par les Lesbian and Gay Rights et le S/M-Leather-Fetish Contingent en mars 1987, et encore plus largement en mars 1993. Le slogan a Ă©tĂ© utilisĂ© sur des bulletins d’information, des communiquĂ©s de presse, des T-shirts, des autocollants et mĂȘme sur la banniĂšre de 6 mĂštres du S / M-Leather-Fetish Contingent, accrochĂ©e la veille Ă  la grande entrĂ©e du bĂątiment du gouvernement sur Constitution Avenue, qui a accueilli la confĂ©rence S/M-Leather-Fetish. Comme david stein a reconnu l’influence de SSC dans de nombreuses dĂ©clarations ultĂ©rieures :

"Des dizaines de milliers – peut-ĂȘtre des centaines de milliers – d’hommes et de femmes kinky partout en AmĂ©rique du Nord et dans le monde, dont beaucoup n’ont aucune idĂ©e de ce que "GMSMA" signifie, connaissent "Safe Sane Consensual" (SSC)."

"Des milliers d’hommes et de femmes de partout aux États-Unis et de nombreux pays Ă©trangers ont vu ces trois mots, se sont identifiĂ©s Ă  eux et les ont introduits dans leurs communautĂ©s locales."

Par consĂ©quent, alors que “Safe, Sane, and Consensual” (SSC) continuait de servir comme norme minimale pour des pratiques S/M Ă©thiquement dĂ©fendables, il est devenu en rĂ©alitĂ© la campagne de marketing la plus efficace de l’histoire du BDSM , utilisĂ©e spĂ©cifiquement pour contrer la perception du public selon laquelle le BDSM Ă©tait dangereux, fou et abusif. <== NDT C’est ici qu’il y a le glissement sĂ©mantique S/M —> BDSM

L'un des plus grands paradoxes du BDSM rĂ©side dans le fait que les clubs SM Leather gays ont si bien rĂ©ussi Ă  promouvoir des principes comme le SSC — contribuant ainsi Ă  faire accepter le BDSM par le grand public (des personnes aux pratiques conventionnelles mais friandes de fantaisies) — qu'un nombre considĂ©rable de ces personnes s'y sont investies ; elles ont fini par s'approprier le BDSM, en modifiant les concepts et les dĂ©finitions pour les adapter Ă  leur sensibilitĂ© "conventionnelle" au lieu d'adopter la contre-culture BDSM elle-mĂȘme. Et ce phĂ©nomĂšne perdure encore aujourd'hui.

La réinterprétation du concept de SSC est un exemple parfait de la « vanillification » du BDSM par des personnes « vanilla » (non-pratiquantes) ayant des penchants coquins ; il s'agit en réalité d'une appropriation qui prive les pratiquants de BDSM de l'utilité de ce terme et du concept qu'il recouvre.

4. Vanillafication of Safe, Sane, and Consensual (SSC)

SSC était efficace et avait un objectif réel :

"Nos rĂ©unions rĂ©guliĂšres et nos autres activitĂ©s tentent de crĂ©er un sentiment de communautĂ© en explorant les sentiments et les prĂ©occupations communs. Nous visons Ă  sensibiliser aux questions de sĂ©curitĂ© et de responsabilitĂ©, Ă  rĂ©tablir les Ă©lĂ©ments de notre tradition et Ă  diffuser les meilleures informations mĂ©dicales et techniques disponibles. sur les pratiques S/M." – david stein [x004]

Cependant, Ă  partir des annĂ©es 1990, avec l’infiltration de nouveaux venus dans le BDSM, pour la plupart hĂ©tĂ©ros, des organisateurs moins instruits ont modifiĂ© les concepts de SSC et les ont rendus antinomiques Ă  de nombreuses traditions BDSM.

En fait, l’une des raisons pour lesquelles les questions concernant le risque et le consentement sont devenues si confuses de mos jours est due aux opinions erronĂ©es qui ont Ă©voluĂ© Ă  partir d’une lente corruption du sens SĂ»r, Sain et Consensuel (SSC) :

SAFE – SÛR (corrompu pour signifier “Sans risque”) : dĂ©signait une activitĂ© BDSM qui pratiquait le “sexe sans risque” (de maladie), mais signifie dĂ©sormais une activitĂ© BDSM “sans risque”, ce qui est pratiquement impossible.

SANE – SAIN (Corrompu pour signifier “Acceptable”) : dĂ©signait une activitĂ© BDSM qui Ă©tait “mentalement saine” (pour Ă©viter d’ĂȘtre attaquĂ©e en justice), mais signifie dĂ©sormais “acceptable par le groupe”, qui est de plus en plus vanille et intolĂ©rant au BDSM/Kink traditionnel, et

CONSENSUAL – CONSENSUEL (Corrompu pour signifier “Consenti”) : dĂ©signait une activitĂ© BDSM qui Ă©tait "acceptĂ©e par les deux parties" (en tant que dĂ©fense lĂ©gale), mais signifie maintenant que tous les participants doivent "approuver toutes les activitĂ©s", aussi minimes soient-elles, mĂȘme celles qui ne sont pas liĂ©es au BDSM, ce qui rend tout nĂ©gociation inefficace.

Sûr vs Sécurité

Avec l’apparition de l’épidĂ©mie de SIDA dans les annĂ©es 1980, une initiative majeure a Ă©tĂ© de se prĂ©senter comme Ă©tant “SÛR” contre les maladies.

La communautĂ© BDSM Ă©tait Ă  l’avant-garde des rapports sexuels protĂ©gĂ©s. Le milieu cuir gay (Leathermen) utilisait des prĂ©servatifs, des gants chirurgicaux, des digues dentaires, des techniques appropriĂ©es de biorisque, etc. comme une pratique courante, ce qui a directement influencĂ© le monde traditionnel vanille Ă  penser Ă  se protĂ©ger.

IRONIQUEMENT, les gens “vanille, mais kinky”, ont cooptĂ© le terme “SÛR”, qui faisait spĂ©cifiquement rĂ©fĂ©rence Ă  “SÛR CONTRE LA TRANSMISSION DES MALADIES”, en s’efforçant de lui faire signifier “sans risque”, en particulier « SÛR CONTRE TOUS LES RISQUES DE BLESSURE », ce qui n’est pas possible. Cependant, afin de rĂ©pondre Ă  ce concept vanille de “SÛR”, le BDSM a Ă©tĂ© un peu plus Ă©dulcorĂ©. Les gens doivent ĂȘtre conscients que les activitĂ©s BDSM sont intrinsĂšquement risquĂ©es et que des accidents se produisent.

Par consĂ©quent, "SÛR" fait rĂ©fĂ©rence Ă  "SÛR contre la transmission de maladies", ce qui signifie "relations sexuelles protĂ©gĂ©es", ET NON "SÛR contre toute blessure physique et Ă©motionnelle potentielle".

EXEMPLE : une "soumise" que j’aidais, voulait jouer au couteau, mais voulait avoir l’assurance Ă  100 % que c’était sĂ»r Ă  100 %, ce que sa communautĂ© locale lui avait dit qu’elle devrait demander. J’ai dĂ©clarĂ© que je jouais au couteau depuis plus de 20 ans, que je n’avais pas eu une seule blessure, mais que je ne pourrais jamais assurer Ă  100% Ă  un partenaire que couper quelqu’un avec une machette de 2 pieds Ă©tait Ă  100% Ă  l’abri de tout type de blessure. C’est pourquoi RACK est un bien meilleur protocole que SSC.

Sain vs Acceptable

Étant donnĂ© que, Ă  l’époque, les pratiquants du BDSM pouvaient ĂȘtre internĂ©s contre leur volontĂ© dans un Ă©tablissement psychiatrique parce que les pratiques BDSM Ă©taient rĂ©pertoriĂ©es dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) de l’American Psychiatric Association [x020], une initiative majeure consistait Ă  promouvoir les activitĂ©s BDSM comme Ă©tant mentalement "saines".

Par consĂ©quent, dire que les pratiquants du BDSM sont “SAINS”, signifiait qu’ils n’étaient pas "malades mentaux" et Ă©taient "mentalement sains" malgrĂ© la pratique du BDSM, ce qui Ă©tait fait pour leur Ă©viter d’ĂȘtre involontairement internĂ©s en Ă©tablissement psychiatrique.

IRONIQUEMENT, plus les gens "vanille" sont entrĂ©s dans le monde BDSM, plus ils s'y impliquaient, et plus ils ont Ă©dulcorĂ© les concepts et pratiques fondamentaux du BDSM pour s’adapter Ă  leurs sensibilitĂ©s vanille plus “raisonnables”. En mĂȘme temps, leurs jugements vanilles enfreignaient le BDSM traditionnel.

Maintenant, le sens a changĂ© pour signifier que l’activitĂ© ou les relations BDSM ne sont autorisĂ©es que lorsqu’elles sont acceptables par le groupe. REMARQUE : le BDSM est une contre-culture exactement PARCE QUE c’est inacceptable dans le monde standard et vanille.

EXEMPLE : Les groupes TNG, lancĂ©s pour la premiĂšre fois dans les annĂ©es 1990, encouragent l’ñgisme et dĂ©couragent les relations d’écart d’ñge, ce qui est une caractĂ©ristique des D/s traditionnels pour la raison mĂȘme que ce [les Ă©carts d'Ăąge] n’est pas acceptable dans la sociĂ©tĂ© standard.

Consensuel vs Consenti

Les pratiquants du BDSM Ă©taient Ă  l’époque souvent soumis Ă  des consĂ©quences dĂ©sastreuses telles que la perte de leur emploi ou de leur entreprise ou toute une sĂ©rie d’injustices, et beaucoup le sont encore aujourd’hui dans de nombreuses rĂ©gions du monde.

Plus important encore, toutefois, les pratiques BDSM Ă©taient souvent illĂ©gales et leurs adeptes pouvaient ĂȘtre emprisonnĂ©s pour des crimes tels que “violence physique” ; le terme "CONSENSUEL" faisait rĂ©fĂ©rence Ă  l’activitĂ© et aux relations BDSM, qui Ă©taient mutuellement convenues spĂ©cifiquement afin d’établir juridiquement une distinction claire d'avec les activitĂ©s "ILLEGALES", non consensuelles pouvant faire l’objet de poursuites pĂ©nales.

Cette approche a créé une différenciation juridique et une distinction éthique claires entre les activités BDSM "acceptables" et les activités considérées comme illégales, comme les agressions sexuelles ou la violence domestique.

IRONIQUEMENT, les gens de la vanille ont modifiĂ© le sens du mot “CONSENTI”, qui faisait rĂ©fĂ©rence Ă  l’approbation d’une activitĂ© BDSM qui sinon aurait pu ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme illĂ©gale ou comme une agression, pour lui faire signifier qu’une personne doit consentir Ă  tout et n’importe quoi, mĂȘme une activitĂ© non BDSM qui, Ă  dĂ©faut serait une “violation du consentement”.

Par consĂ©quent, l’activitĂ© BDSM, qui est "acceptĂ©e par toute les parties" (en tant que dĂ©fense juridique) signifie dĂ©sormais que tous les participants doivent "approuver toutes les activitĂ©s", aussi minimes soient-elles, mĂȘme celles qui ne sont pas liĂ©es au BDSM, ce qui rend les nĂ©gociations inefficaces et rend le BDSM impossible sans un risque juridique important.

EXEMPLE : Une rĂ©cente diatribe sur Fet d’un organisateur d’un groupe a affirmĂ© que quelqu’un jouant avec son tĂ©lĂ©phone portable pendant un munch Ă©tait une "violation du consentement". Bien qu’il puisse s’agir de vol, de vandalisme, d’une violation de la vie privĂ©e, etc., il ne s’agit pas d’une violation du consentement. Une violation du consentement se produit lorsque la limite stricte explicitement indiquĂ©e par quelqu’un est violĂ©e, soit intentionnellement, ce qui serait un abus, soit involontairement, ce qui serait de la nĂ©gligence. Le fait est que tout ce qui est fait sans le consentement d’une autre personne n’est pas une "violation du consentement".

Les limites du SSC

Rappel sur la dialectique hĂ©gĂ©lienne : « Selon Hegel, toutes choses se dĂ©roulent dans un processus Ă©volutif continu par lequel chaque idĂ©e ou qualitĂ© (la THÈSE) produit inĂ©vitablement son contraire (l’ANTITHÈSE). De cette interaction Ă©merge un troisiĂšme Ă©tat dans lequel les contraires sont intĂ©grĂ©s, surmontĂ©s et accomplis dans une SYNTHÈSE plus riche et plus Ă©levĂ©e. Cette synthĂšse devient alors la base d’un autre processus dialectique d’opposition et de synthĂšse. Hegel croyait que les tensions crĂ©atives des positions opposĂ©es Ă©taient essentielles pour dĂ©velopper des Ă©tats de conscience supĂ©rieurs. Au moment de la synthĂšse, les contraires sont Ă  la fois prĂ©servĂ©s et transcendĂ©s, niĂ©s et accomplis » (Corinne McLaughlin et Gordon Davidson, Spiritual Politics, 1994, p. 88).

  • En instillant la peur, ces [nouvelles] communautĂ©s ont fait Ă©voluer SSC pour englober une perspective vanille sur le risque et le consentement, ce qui pourrait fonctionner correctement pour le Kink, mais qui n’est pas un protocole de consentement efficace pour les scĂšnes BDSM authentiques ou les relations D / s, oĂč l'on s'attend Ă  une prise de risque rĂ©elle et oĂč la compĂ©tence est donc requise.

5. L’apparition d’autres protocoles de consentement dans le BDSM

Remise en cause du SSC

À partir du Pluralisme Ethique du Consentement EclairĂ© dans le BDSM, on a dĂ©veloppĂ© les protocoles "Risk-Aware Consensual Kink" (RACK) et "Personal Responsibility Informed Consensual Kink" (PRICK), qui sont des protocoles de consentement standard valides pour le BDSM aujourd’hui. Bien qu’il ne s’agisse pas de nouveaux protocoles, il s’agissait d’une tentative de reformulation des normes de consentement qui fonctionnaient dĂ©jĂ  au sein du BDSM.

RACK : En 1999, prĂšs d’une dĂ©cennie aprĂšs que les gens vanille ont commencĂ© Ă  s’impliquer dans le BDSM, un cadre alternatif au SSC appelĂ© Risk-Aware Consensual Kink (RACK) est apparu pour Ă©tablir plus prĂ©cisĂ©ment que si le risque est inhĂ©rent Ă  l’activitĂ© BDSM, les participants ont une responsabilitĂ© individuelle de prendre conscience de ces risques avant d’y consentir. Cette approche implique Ă©galement que le risque peut ĂȘtre minimisĂ© par l’étude, la formation, la technique et la pratique :

  • CONNAISSANCE DES RISQUES : Tous les participants partagent la mĂȘme responsabilitĂ© d’ĂȘtre raisonnablement conscients des risques liĂ©s Ă  l’activitĂ© envisagĂ©e,

  • CONSENSUEL : Tous les participants sont sains d’esprit et doivent donner leur consentement pour participer Ă  l’activitĂ©,

  • KINK : Tous les participants reconnaissent que l’activitĂ© est classĂ©e comme BDSM/Kink et comporte donc un risque inhĂ©rent,

PRICK : D’un autre cĂŽtĂ©, Personal Responsibility Informed Consensual Kink (PRICK) a commencĂ© Ă  ĂȘtre activement utilisĂ© Ă  partir de 2005 pour souligner que les participants sont chacun personnellement responsable de comprendre les risques liĂ©s Ă  une activitĂ© BDSM avant de donner leur consentement. Cela impose clairement le fardeau de s’éduquer, de connaĂźtre les risques et de fournir un consentement clair Ă  chaque participant de maniĂšre Ă©gale plutĂŽt que de confier l’essentiel de la responsabilitĂ© uniquement au type Top/D.

Gary Switch, qui a inventĂ© le terme RACK en tant que “Risk-Aware Consensual Kink“, a prĂ©sentĂ© son raisonnement [x010] :

Lors d’une discussion sur SSC (Safe, Sane and Consensual) sur la liste TES-Friends le 25/11/99, j’ai proposĂ© RACK (Risk-Aware, Consensual Kink) comme alternative. Voici ma motivation :

  • Rien n’est parfaitement "sĂ»r". Traverser la rue n’est pas parfaitement sĂ»r. N’oubliez pas qu’il s’agit techniquement de “rapports sexuels mieux protĂ©gĂ©s”, et non de “rapports sexuels protĂ©gĂ©s”. Si nous voulons limiter le BDSM Ă  ce qui est sĂ»r, nous ne pouvons rien faire de plus extrĂȘme que de fouetter quelqu’un avec une nouille mouillĂ©e. Les alpinistes ne qualifient pas leur sport de sĂ»r, pour la simple raison qu’il ne l’est pas ; le risque est une partie essentielle du frisson, ils le gĂšrent en identifiant et en minimisant le risque par l’étude, la formation, la technique et la pratique. Je crois que cette approche fonctionnera mieux pour nous, les gens du cuir, que de prĂ©tendre que ce que nous faisons est sĂ»r. Nous voulons favoriser l’idĂ©e que nous dĂ©veloppons une expertise, que pour faire ce que nous faisons correctement, il faut des compĂ©tences dĂ©veloppĂ©es grĂące Ă  un processus similaire d’éducation, de formation et de pratique.

  • La nĂ©gociation ne peut ĂȘtre valable sans une connaissance prĂ©alable des risques Ă©ventuels liĂ©s Ă  l’activitĂ© nĂ©gociĂ©e. “Conscient des risques” signifie que les deux parties Ă  une nĂ©gociation ont Ă©tudiĂ© les activitĂ©s proposĂ©es, sont informĂ©es des risques encourus et conviennent de la maniĂšre dont elles entendent les gĂ©rer. D’oĂč “conscient des risques” au lieu de “sĂ»r”.

  • La partie “saine” de SSC est trĂšs subjective. Qui en dĂ©cide ? La personne A pourrait penser que le fisting est une folie ; les personnes B et C pourraient beaucoup l’apprĂ©cier. “Sane” me rappelle toujours le slogan de campagne de Pat Paulsen dans l’ancienne Ă©mission des Smothers Brothers : “Votez pour Paulsen ; il n’est pas fou !” Si vous continuez Ă  rassurer les gens sur le fait que vous n’ĂȘtes pas fou, ils commenceront Ă  se poser des questions.

  • J’ai entendu “sain” interprĂ©tĂ© comme : “capable de distinguer le fantasme de la rĂ©alitĂ©â€ et “non ivre”, qui sont tous deux parfaitement valables, bien que ce dernier soit similaire Ă  ce qui prĂ©cĂšde – vous ne vous promenez pas constamment pour rassurer les gens qui vous n’ĂȘtes pas ivre non plus.

  • Le terme “consensuel” est le point crucial concernant la nĂ©gociation ce qui implique d’ĂȘtre capable de distinguer le fantasme de la rĂ©alitĂ©, ainsi que de gĂ©rer de maniĂšre responsable les facteurs de risque. Si vous ne connaissez pas les facteurs de risque, si vous ne savez pas ce qui se passera dans la rĂ©alitĂ©, alors vous ne savez pas Ă  quoi vous consentez. Une nĂ©gociation significative doit toujours avoir lieu sur la base commune de la rĂ©alitĂ© consensuelle.

  • La partie “kink” a Ă©tĂ© ajoutĂ©e pour crĂ©er un acronyme accrocheur et parce que SSC ne vous dit pas sur quoi vous devriez ĂȘtre SSC. Une pĂȘche Ă  la truite sĂ»re, saine et consensuelle ? Faire allusion au RACK, un archĂ©type d’instrument de torture, a Ă©tĂ© critiquĂ©, mais pour moi, cela signifie notre transformation de l’atrocitĂ© en extase, et admet que mĂȘme si nous pouvons profiter de certains fantasmes sombres, nous les rĂ©alisons sans danger.

  • RACK est certes plus conflictuel que SSC. C’est provocant, de la mĂȘme maniĂšre que la communautĂ© LGBT utilise “queer”. RACK nous donne la libertĂ© d’avoir des fantasmes non-Politiquement Correct. Est-ce que beaucoup d’entre nous n’apprĂ©cient pas les fantasmes non consensuels, soit en tant que top ou en tant que bottom ? Nous les apprĂ©cions dans notre littĂ©rature ; nous pouvons trĂšs bien en profiter pendant que nous jouons. Mais nous les exĂ©cutons de maniĂšre responsable et consensuelle."

RACK articule une attitude rĂ©aliste envers le BDSM avec ses risques inhĂ©rents, et suggĂšre que les participants se concentrent sur l’identification des risques afin de fournir un consentement adĂ©quat. Par consĂ©quent, RACK fournit un cadre qui renforce le droit des gens Ă  s’adonner Ă  leur jeu prĂ©fĂ©rĂ©.

Au final, lĂ  oĂč SSC Safe, Sane and Consensual avait une Ă©thique idĂ©aliste et romanesque, RACK adressait la rĂ©alitĂ© du risque, la responsabilitĂ© individuelle et le droit de choisir de prendre des risques. Et c’est pourquoi c’est le protocole prĂ©fĂ©rĂ© [pour le BDSM].

NOTE: Ni RACK ni PRICK n'empĂȘchent d'avoir un consentement irrĂ©vocable, ce qui est exigĂ© dans le BDSM authentique oĂč le transfert d'autoritĂ© n'est pas rĂ©tractable unilatĂ©ralement sans contrevenir Ă  l'accord BDSM.

6. Le protocole RACK dans le BDSM

Le bon outil pour le job

Alors que divers protocoles de consentement, qui correspondent mieux aux idĂ©aux de consentement de la sociĂ©tĂ© dominante, peuvent ĂȘtre parfaitement utiles pour ceux qui s’engagent dans les jeux de rĂŽle et peut-ĂȘtre mĂȘme un certain niveau de Kink, ils ne fonctionnent pas pour le BDSM.

Le SSC, tel qu’il se prĂ©sente aujourd’hui, ainsi que les protocoles de consentement traditionnels, qui sont constamment imposĂ©s aux pratiquant du BDSM, sont absolument inefficaces et Ă©chouent lorsqu’ils sont appliquĂ©s au BDSM, alors mĂȘme s’ils peuvent parfaitement fonctionner pour le jeu de rĂŽle ou le Kink.

Le problĂšme principal est peut ĂȘtre le fait que la grande majoritĂ© des participants n’a pas l’éducation de base pour discerner les diffĂ©rences, les similitudes et les interactions entre les jeux de rĂŽle, le Kink et les activitĂ©s BDSM et leur structure relationnelle et, de ce fait, ne peut pas saisir que diffĂ©rentes exigences, normes et des protocoles sont nĂ©cessaires pour chacun.

RACK est le protocole privilégié pour le BDSM

Encore de nous jours, dans de nombreuses rĂ©gions du monde, les pratiquants du BDSM peuvent faire face Ă  des poursuites pĂ©nales et Ă  des peines de prison en raison des lois contre le BDSM, ĂȘtre licenciĂ©s de leur travail en raison des prĂ©jugĂ©s et se voir placĂ© involontairement dans un Ă©tablissement psychiatrique parce qu’ils sont considĂ©rĂ©s comme dĂ©viants par la communautĂ© psychiatrique. Par consĂ©quent, les protocoles de consentement sont toujours extrĂȘmement importants.

Comme indiqué dans Consent IS Enough, but Competence Is Required [F066], dans le BDSM, les personnes qui acceptent de maniÚre consensuelle une activité BDSM particuliÚre avec des objectifs et des désirs, des limites spécifiques, ainsi que des mots de sécurité à utiliser en cas de besoin doivent comprendre que :

  • Les deux parties dans une nĂ©gociation BDSM sont Ă©gales Ă  50/50, elles ont le mĂȘme niveau de dĂ©cision et partagent donc la responsabilitĂ© Ă©gale d’ĂȘtre raisonnablement informĂ©es et capables de donner et d’accepter le consentement,

  • Les deux parties doivent consentir Ă  la "scĂšne", Ă  l’activitĂ© ou Ă  la relation nĂ©gociĂ©e,

  • Pour que le consentement soit valide, les deux parties doivent ĂȘtre capables de donner leur consentement et le consentement doit ĂȘtre‹ 1) Explicite (non implicite),‹ 2) Volontaire (sans coercition), et‹ 3) InformĂ©.

  • Le consentement doit ĂȘtre global, pas spĂ©cifique, car il est impossible et inefficace d’essayer de donner un consentement affirmatif Ă  100 % pour chaque composante, sous-activitĂ© et sous-limite, car la plupart des jeux sont trop compliquĂ©s pour dĂ©tailler chacun de ces Ă©lĂ©ments. C’est une des raisons pour lesquelles les safewords ont Ă©tĂ© inventĂ©s.

  • Le BDSM requiert un vĂ©ritable AT, ce qui signifie que le consentement n’est pas rĂ©tractable unilatĂ©ralement sans enfreindre l’accord BDSM. De nombreux bottoms s’attendent maintenant Ă  micro-gĂ©rer et Ă  diriger l’activitĂ©, qui est en fait du “Topping par le bas” et n’est pas consensuel ou, plus probablement, est juste un jeu de rĂŽle Kinky oĂč le Top est un top de service, pas un dominant, et sans AT, ce qui signifie que ce n’est pas du BDSM.

  • Les deux parties doivent accepter que des accidents peuvent se produire. Personne ne peut donner son consentement Ă  100 % pour une erreur dont il ne sait pas qu’elle se produira. Et bien que les erreurs involontaires soient terribles et doivent ĂȘtre Ă©vitĂ©es grĂące Ă  des normes et une formation rigoureuses, elles ne sont pas vraiment des violations du consentement.

  • Les mots de sĂ©curitĂ© permettent d’éviter que des limites explicites ne soient franchies ou que des erreurs ne se reproduisent au cours d’une scĂšne, mais n’éliminent pas les risques ou les accidents. RĂ©cemment, j’ai vu un top et une bottom se mettre d’accord sur un jeu d’impact avec des limites et des mots de sĂ©curitĂ© spĂ©cifiques. Cependant, la bottom n’avait pas indiquĂ© qu’elle ne voulait pas qu’un outil spĂ©cifique soit utilisĂ©, et n’a pas utilisĂ© son mot de sĂ©curitĂ© lorsque celui-ci a Ă©tĂ© utilisĂ©. Mais aprĂšs la scĂšne, elle s’est plainte Ă  l’organisateur, dĂ©butant, qui a alors banni le Top pour violation du consentement. Ceci n’est pas une violation du consentement dans le BDSM.

  • Le consentement dans le BDSM n’est pas la mĂȘme chose que le consentement vanille, c’est un TERME LÉGAL, pas un terme social, autorisant une activitĂ© physique sur le corps d’une personne. Ainsi, le jeu d’impact n’est pas considĂ©rĂ© comme une attaque lorsqu’il est consensuel. RĂ©cemment, un organisateur d’une communautĂ© a dĂ©clarĂ© qu’une personne jouant avec son tĂ©lĂ©phone portable sans son approbation constituait une violation de son consentement. Un autre article sur K&P a dĂ©clarĂ© que se masturber devant des images publiques sans approbation est une violation du consentement.

Maintenir des perspectives efficaces

Pour que les problĂšmes de consentement BDSM soient moins dĂ©routants, les gens doivent maintenir les perspectives BDSM qui s’alignent sur RACK/PRICK :

  • Les jeux de rĂŽle ne sont pas du BDSM : bien que les pratiques observĂ©es en ligne et au sein des communautĂ©s locales dĂ©coulent directement du BDSM, il s'agit en rĂ©alitĂ© de jeux de rĂŽle intĂ©grant des Ă©lĂ©ments de BDSM — et non de BDSM Ă  proprement parler — car la dimension AT (nĂ©gociation et accords prĂ©alables) y fait dĂ©faut. Il est important de comprendre que si la pratique du jeu de rĂŽle est tout Ă  fait lĂ©gitime, le BDSM l'est tout autant, bien qu'il s'agisse de deux choses fondamentalement diffĂ©rentes. L'enjeu n'est pas ici de hiĂ©rarchie sociale ou de supĂ©rioritĂ©, mais plutĂŽt d'accepter toutes les formes d'activitĂ©s et de prĂ©fĂ©rences sexuelles et relationnelles, y compris celles relevant du jeu de rĂŽle, du kink et du BDSM. Une fois cette acceptation acquise, il devient possible d'aborder la question des protocoles de consentement appropriĂ©s.

  • NĂ©gociations et consentement Ă©clairé : Comme l’a dĂ©clarĂ© Gary Switch, "la nĂ©gociation ne peut ĂȘtre valable sans une connaissance prĂ©alable des risques possibles liĂ©s Ă  l’activitĂ© en cours de nĂ©gociation" et "Une nĂ©gociation significative doit toujours avoir lieu sur la base commune de la rĂ©alitĂ© consensuelle" [x009]. Cette base commune est la raison pour laquelle tous les participants doivent prendre leur responsabilitĂ© de prendre le temps et de fournir les efforts nĂ©cessaires pour s'informer suffisament pour pouvoir donner un consentement Ă©clairĂ©, plutĂŽt que de sauter dans l’activitĂ© envisagĂ©e sans Ă©ducation appropriĂ©e et en s’attendant Ă  ce que l’autre partie en assume toute la responsabilitĂ©.

  • Promouvoir la compĂ©tence au-dessus de l’inclusion : Le fait est que l’érosion constante des normes et des exigences BDSM dans le but d’élargir l’inclusion est exactement ce qui entraĂźne une augmentation des abus, des blessures et des rĂ©sultats nĂ©gatifs. Afin d’inverser cette tendance, la compĂ©tence doit ĂȘtre promue au-dessus de l’inclusion. Comme l’a dĂ©clarĂ© Gary Switch "Nous voulons favoriser l’idĂ©e que nous dĂ©veloppons une expertise, que pour faire correctement ce que nous faisons, il faut des compĂ©tences dĂ©veloppĂ©es grĂące Ă  un processus similaire d’éducation, de formation et de pratique". [x009]

  • Adopter la diversitĂ© et le risque. Les communautĂ©s et les Ă©vĂ©nements BDSM doivent adopter la diversitĂ© RÉELLE et risquer la positivitĂ© plutĂŽt que de “rejeter” les personnes et les activitĂ©s qui ne correspondent pas Ă  ce avec quoi elles sont d’accord. Une façon d'y parvenir est de s’éloigner des modĂšles qui supposent que le BDSM peut ĂȘtre fait avec 100% sans risque et 100% de consentement, comme “Safe, Sane, and Consensual” (SSC) pour se rapprocher de ceux qui autorisent le risque, comme “Risk -Kink consensuel conscient” (RACK). Comme l’a dĂ©clarĂ© Gary Switch "Si nous voulons limiter le BDSM Ă  ce qui est sĂ»r, nous ne pouvons rien faire de plus extrĂȘme que de fouetter quelqu’un avec une nouille mouillĂ©e." [x009]

A propos de l'inclusion

Enfin, si les communautĂ©s locales souhaitent rĂ©ellement l'inclusion, elles doivent cesser de se comporter comme un groupe « inclusif » gangrenĂ© par les drames dignes du lycĂ©e, le nĂ©potisme et les postures sociales — autant de travers devenus la marque de fabrique des communautĂ©s locales modernes. Cela va Ă  l'encontre du principe « YKNMK » (si tu sais, tu sais), et aucun vĂ©ritable adepte du BDSM ne souhaite avoir affaire Ă  ce genre de choses. Au lieu de cela, elles doivent inclure toutes les personnes compĂ©tentes, sachant que la plupart d'entre elles seront attachĂ©es aux traditions.

Conclusion

Comme de nombreux concepts BDSM, "Safe, Sane, and Consensual" (SSC) Ă©tait autrefois efficace, mais ne l’est plus de nos jours car sa signification rĂ©interprĂ©tĂ©e est antinomique du BDSM. Pour la majoritĂ© des pratiquants BDSM expĂ©rimentĂ©s, la signification modifiĂ©e de SSC le rend totalement inefficace car :

  • “SÛR” devenu “SANS RISQUE” sous-entend que le BDSM peut ĂȘtre fait en toute sĂ©curitĂ©, c’est-Ă -dire sans aucun risque, alors que le risque est inhĂ©rent Ă  l’activitĂ© BDSM,

  • “SAIN” devenu “ACCEPTABLE” limite l’activitĂ© et les relations BDSM dans le cadre d’un comportement socialement acceptable, et de ce fait sape le BDSM, qui est intrinsĂšquement inacceptable par la sociĂ©tĂ© en gĂ©nĂ©ral,

  • “CONSENSUEL” devenu “CONSENTI” enseigne que le consentement explicite ne suffit pas et que chaque sous-composant de chaque activitĂ© doit ĂȘtre consenti, et mĂȘme que cela peut ĂȘtre rĂ©tractĂ© Ă  tout moment sans enfreindre l’accord BDSM, ce qui
    a) Place dĂ©raisonnablement toute la responsabilitĂ© et la responsabilitĂ© lĂ©gale sur le dominant, ou le rĂŽle de type D, y compris la responsabilitĂ© individuelle de s’informer, tout en supprimant presque toute la responsabilitĂ© du rĂŽle de soumis, ou de type s, et
    b) Sape la dynamique AT au point que les soumis ne transfĂšrent jamais vĂ©ritablement leur pouvoir, ne donnent jamais rĂ©ellement leur consentement, mĂȘme lorsqu’ils sont explicitement indiquĂ©s, et font simplement un jeu de rĂŽle Kink ou “Top from the bottom”, oĂč les soumis sont en fait les dominants .

Heureusement, le Pluralisme Ethique du Consentement EclairĂ© dans le BDSM signifie qu’il peut exister plusieurs mĂ©thodes valides de consentement, pas seulement SSC ou tout ce qui se passe dans le monde vanille.

“Risk-Aware Consensual Kink” (RACK) et “Personal Responsibility Informed Consensual Kink” (PRICK) sont les protocoles de consentement valides et privilĂ©giĂ©s pour le BDSM, car ils aident Ă  dissiper une certaine confusion et Ă  rééquilibrer les nĂ©gociations en mettant l’accent sur la responsabilitĂ© personnelle individuelle de chacun de donner son consentement explicite Ă  participer aux activitĂ©s BDSM, seulement aprĂšs s’ĂȘtre renseignĂ© sur les risques.


Références

[x001] Chicago Hellfire Club’s Inferno 10 (1981), states purpose in the unsigned essay by Tony DeBlase.

[x002] New York Gay S/M Committee newsletter regrading Safe, Sane, Consensual code (1983). ”Every year while i was growing up, i heard that phrase (“Have a safe and sane Fourth of July”) on TV, or saw it in the newspapers and on billboards, and it stuck.”

[x003] The original 1983 GMSMA newsletter. 1983.

[x004] Emphasis my own. August 1983 report of that Gay Male S/M Activists committee; reproduced in david stein Safe, Sane and Consensual: The Making of a Shibboleth

‹[x005] THE HISTORY OF SSC (SAFE SANE CONSENSUAL) VS RACK (RISK-AWARE CONSENSUAL KINK). FEBRUARY 08, 2018. HistoryoftheDominatrix.com.

‹[x006] . Richard von Kraft-Ebing (1890) Neue Forschungen auf dem Gebiet der Psychopathia sexualis; translated in English as New Research in the Area of Psychopathology of Sex (“Psychopathia Sexualis »).

[x009] Gary Switch (c 2009) Rack Essay and Interview posted by author as Fetlife post: https://fetlife.com/users/53355/posts/25734 (Viewable only by Fetlife members)

[x010] Gary Switch, Contributing Editor, Prometheus magazine, GarySwitch@aol.com

[x011] Gemberling, T. M., Cramer, R., & Miller, R. S. (2015). BDSM as sexual orientation: A comparison to lesbian, gay, and bisexual sexuality. Journal of Positive Sexuality, 1, 56-62. Quote p. 56.

Original par Master Arden, Sep 21, 2019